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L’atelier a 5 ans !

  • il y a 6 jours
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


J’ai toujours pensé que j’étais une mauvaise salariée. Je ne dis pas ça avec amertume, c’est simplement le constat que j’ai fait pendant des années. J’adorais mon métier mais je n’aimais pas la façon dont je devais l’exercer.


Je suis quelqu’un d’introverti. Les open spaces ont toujours été très compliqués pour moi. J’ai besoin de calme, de silence, d’être dans ma bulle. J’ai besoin de réfléchir sans avoir l’impression que quelqu’un regarde par-dessus mon épaule. D’ailleurs aujourd’hui encore, même mon mari ne peut pas regarder ce que je suis en train de créer derrière moi, ça me bloque instantanément.


Alors imaginez passer ses journées dans un open space… Soit je m’enfermais complètement dans mon travail et je passais pour l’ovni qui ne participe jamais aux conversations. Soit je participais aux conversations et mon travail n’avançait plus. Et surtout, je n’avais plus aucune inspiration.



Pendant longtemps, j’ai cru que quelque chose clochait chez moi. Je me demandais si je m’étais trompée de voie. Pourtant, j’aimais profondément ce métier et ça faisait déjà longtemps que j’essayais de m’en rapprocher. Mon parcours n’a jamais été très linéaire. Je n’ai pas pu faire les études que je voulais dès le départ. J’ai travaillé à côté. J’ai pris quelques détours. Comme beaucoup de gens, j’ai fait avec ce que la vie mettait sur mon chemin à ce moment-là. Finalement, il m’a fallu dix ans pour arriver là où je voulais aller.


Alors lorsque je me demandais si je m’étais trompée de voie, c’était quand même un peu ironique, parce qu’au fond, le problème n’était pas le métier, le problème était ailleurs. Lorsque je rentrais chez moi le soir et que je travaillais sur mes projets personnels ou mes premiers clients indépendants, tout devenait différent.



Je crois que je n’ai jamais su créer uniquement derrière un bureau. Je crée en marchant, en contemplant une expo, devant un film, une musique, un livre. Je crée aussi en faisant une lessive, le ménage, en déplaçant mes meubles, ou en préparant le dîner. Ce qui est très pratique quand on est indépendante, beaucoup moins quand on est salariée.


Les idées ne me viennent pas entre 9h et 18h simplement parce qu’on a décidé que c’était l’heure de travailler, dans un lieu qui ne m’inspire pas, entre quatre murs blancs, des plafonds éclairés aux néons, de la moquette rose ou grise et des bureaux IKEA. Elles arrivent quand elles veulent, au détour d’une musique, d’une conversation, d’une couleur, d’un détail, d’une inconnue que j’observe dans la rue. Comme la majorité des créatifs, je n’ai rien inventé et j’ai besoin de me nourrir de ce qui m’entoure pour créer et je crois que c’est aussi pour ça que j’ai toujours eu du mal en entreprise.


Pas parce que je voulais être rebelle. Pas parce que j’avais envie de faire ma révolution. D’ailleurs dans mon dernier poste salarié on m’avait surnommée “la syndicaliste” (coucou Mumu si tu passes par-là). Ça me fait encore rire aujourd’hui parce que je n’ai jamais fait de politique dans aucune entreprise (ou ailleurs). J’avais simplement besoin de comprendre pourquoi on faisait les choses, et de donner mon avis.



Alors, quand mon mari et moi avons quitté Paris pour revenir en Lorraine avec notre premier enfant, la question ne s’est même pas vraiment posée. Je me suis mise à mon compte. J’ai quitté une belle maison de joaillerie et j’ai créé l’atelier « Avec les sentiments » qui s’appelait « Atelier Poulettes » à l’époque.


Je n’ai jamais regretté ce choix, jamais.


Attention, ça ne veut pas dire que tout a été facile. L’entrepreneuriat est probablement l’une des choses les plus difficiles que j’ai faites : on doute, on cherche des clients, on pense à l’argent, on pense aux mois qui arrivent, on se demande parfois si l’on fait les bons choix. Mais malgré tout ça, je ne me suis jamais sentie aussi libre, libre de créer à ma façon, libre de prendre le temps de réfléchir, libre de travailler avec des personnes dont j’apprécie les valeurs, les idées et la vision.



Parce qu’au fond, la direction artistique dans le milieu du graphisme est un métier assez étrange : on n’est pas vraiment artiste, on n’est pas seulement graphiste et exécutant non plus. On nous demande de créer des univers entiers à partir de presque rien, de trouver des couleurs, des formes, des mots, des images. D’imaginer comment une marque pourrait parler, se montrer, être comprise. D’être l’artiste perché tout en restant un esprit corporate. On peut travailler pour un artisan un jour, puis pour une marque de bien-être le lendemain. On passe notre temps à entrer dans des univers qui ne sont pas les nôtres. Et pour faire ça, il faut écouter, énormément. Comprendre ce que les gens veulent transmettre, pourquoi ils le font, ce qui les anime, ce qu’ils veulent raconter et parfois même ce qu’ils n’arrivent pas encore à exprimer eux-mêmes.


Finalement, ce que j’ai découvert au fil des années, c’est que je ne suis pas antisociale du tout. J’aime les gens, j’aime leurs histoires, j’aime comprendre ce qui les anime. J’aime entrer dans leur univers pendant quelques semaines ou quelques mois et c’est probablement ce qui me plaît le plus dans mon métier aujourd’hui.



Si je vous raconte tout ça, c’est parce que je viens de réaliser que l’atelier a 5 ans cette année et ça me paraît complètement fou.


Pas parce que je n’ai pas vu ces cinq années passer (croyez-moi, je les ai vues passer), mais parce qu’en regardant derrière moi, je réalise tout ce qu’il s’est passé depuis : les projets, les rencontres, les réussites, les erreurs aussi. Les moments de doute, les moments où j’avais envie de tout arrêter et ceux où j’avais envie de décrocher la lune.


Pendant ces cinq années, il y a eu deux grossesses, deux naissances et aujourd’hui une troisième grossesse qui m’amènera bientôt à mettre l’atelier sur pause une nouvelle fois. Je crois qu’on ne parle pas assez de ce que ça représente lorsque l’on est entrepreneuse. Chaque grossesse est une immense joie, mais elle oblige aussi à ralentir une activité que l’on a parfois mis des années à construire. Il faut anticiper, réorganiser, reporter certains projets, accepter de disparaître un peu pendant plusieurs mois dans un monde où l’on nous répète sans cesse qu’il faut être visible, présente et constante. Puis revenir, retrouver son rythme, relancer la machine, recontacter les clients, en trouver de nouveaux, reprendre sa place alors que tout a continué d’avancer sans vous.



Les clients ont continué leur chemin, le monde du travail aussi. Je ne parlerai même pas de l’IA ici, mais vous voyez sans doute de quoi je parle lorsque l’on voit à quelle vitesse nos métiers évoluent aujourd’hui. Et vous, vous revenez avec un nouvel enfant à aimer, à élever, à faire grandir. Il faut retrouver son équilibre professionnel tout en reconstruisant un nouvel équilibre familial. Je crois que c’est cette partie-là dont on parle le moins.


A chaque fois, j’ai eu l’impression de recommencer de zéro. Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas toujours facile. Je pense même qu’il faut souvent fournir beaucoup plus d’efforts lorsqu’on est une femme entrepreneuse et mère de jeunes enfants. Mais malgré tout, je ne changerais rien, parce que lorsque je regarde mes enfants, je sais exactement pourquoi j’accepte ces pauses, ces ralentissements et ces redémarrages permanents.


Et finalement, quand l’atelier s’arrête quelques mois, ce n’est pas parce que je cesse de créer, bien au contraire, y a 3 petits humains qui ont cruellement besoin de moi à ce moment-là. Ma famille restera toujours ma priorité, je suis profondément heureuse et fière de pouvoir être entrepreneuse et maman, c’est une chance énorme ! Et surtout : chaque chose en son temps.



Alors merci !


Merci à toutes les personnes qui m’ont confié une partie de leur histoire ces cinq dernières années. Merci à celles et ceux qui m’ont ouvert les portes de leur projet, parfois avec beaucoup de confiance qui pouvait secrètement me faire peur.


Merci à celles et ceux qui m’ont laissé entrer dans leur univers pour essayer de le comprendre et de le retranscrire avec mes mots, mes images, ma sensibilité.


Merci à celles et ceux qui ont recommandé l’atelier autour d’eux. On parle souvent de communication, de réseaux sociaux, de visibilité, mais la vérité c’est que le bouche-à-oreille reste ce qui fait le plus grandir l’atelier : un message, une recommandation, un nom glissé au détour d’une conversation, une personne qui parle de mon travail à une autre. Vous n’imaginez pas à quel point cela compte.


 

Merci à mes enfants. Ils m’inspirent plus qu’ils ne le savent. Ils ont changé ma vie de mille façons. Ils ont changé mon quotidien, mon rythme, mes priorités, ma façon d’organiser mon temps et parfois même ma façon de regarder le passé, le présent et l’avenir. Ils sont aussi la raison pour laquelle l’atelier a parfois dû ralentir. Mais ils sont surtout la raison pour laquelle tout cela a du sens.


Cette photo a été prise par la photographe Clémentine Miano
Cette photo a été prise par la photographe Clémentine Miano

Et puis il y a surtout mon mari. Je crois qu’il mérite un paragraphe à lui tout seul, parce que si l’atelier existe aujourd’hui, c’est aussi grâce à lui. C’est lui qui m’a encouragée à passer le concours de l’école des Gobelins alors que je n’y croyais pas moi-même. C’est lui qui m’a donné des ailes lorsque j’avais surtout l’impression de collectionner les doutes. C’est lui qui, depuis le début, a toujours cru en moi avec une facilité déconcertante. Encore aujourd’hui, lorsque je doute de mon travail ou lorsque j’ai l’impression que les efforts ne servent à rien, c’est souvent lui qui me rappelle pourquoi j’ai commencé et pourquoi je ne dois pas m’arrêter. Je mesure la chance que j’ai, parce que l’entrepreneuriat peut être une aventure très solitaire et je ne me suis jamais sentie seule. Alors merci, merci pour ton soutien sans faille mon amour.  Merci d’avoir cru en moi avant même que je sois capable de le faire. Merci de continuer à croire en l’atelier même dans les moments où moi je peine parfois à le faire.



Lorsque je regarde ces cinq années, je suis fière du chemin parcouru. Je ne suis pas encore arrivée là où j’aimerais être. Oh non, il y a encore du chemin ! Énormément d’idées, d’envies et de projets pour l’atelier. Mais aujourd’hui, j’ai surtout envie de prendre quelques minutes pour regarder derrière moi et me dire que finalement, ces cinq années ont été plutôt belles.


Avant de terminer, j’en profite pour vous partager une information importante : l’atelier fermera temporairement ses portes entre mi-septembre 2026 et mi-mars 2027 afin d’accueillir notre troisième enfant et de profiter pleinement de ces premiers mois qui passent toujours beaucoup trop vite.



Cela ne veut pas dire que je disparais complètement, bien au contraire. Je resterai joignable pendant cette période et je serai toujours ravie d’échanger avec vous autour de vos projets, de vos idées ou de vos envies pour la suite.


Alors si vous réfléchissez à une création d’identité visuelle, une refonte de marque, la création d’un site vitrine, une affiche, un projet complètement fou ou tout autre sujet sur lequel nous pourrions travailler ensemble, n’hésitez pas à m’écrire. N’oubliez pas que je suis un véritable couteau suisse et que rien ne me fait peur. Une pensée à tous mes proches qui sont probablement en train de lever les yeux au ciel en lisant cette phrase, pensant que je suis une grosse myto, parce qu’en réalité, j’ai peur d’un tas de choses dans la vie, mais curieusement, les projets créatifs n’en font pas partie. Au contraire, plus ils sont ambitieux, atypiques ou un peu fous, plus j’ai envie d’y aller ! Nous pourrons en discuter tranquillement et, si besoin, programmer ça pour mon retour au printemps 2027.


Et d’ici là, merci à tous d’avoir fait partie de cette aventure. Merci pour votre confiance, votre soutien, vos recommandations et votre présence à mes côtés depuis cinq ans.



Par ailleurs, si vous êtes encore là après cet article beaucoup trop long (mais visiblement vous avez survécu) n’hésitez pas à le partager sur vos réseaux sociaux ou de poser un petit like. Vous n’imaginez pas à quel point ça m’aide, que c’est un énorme soutien psychologique (certaines des plus belles rencontres de ces cinq dernières années sont nées comme ça !).


Merci encore, vraiment ! J’ai hâte de découvrir ce que les cinq prochaines années nous réservent !

 


Sophie Madeleine Lucie

Directrice artistique et fondatrice de l’atelier Avec les sentiments.

 
 
 

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